alternarrative


Je ne veux plus aller à leur école
May 21, 2008, 4:18 am
Filed under: Littéraire

Prière d’un petit enfant nègre
Guy Tirolien [1917 - 1988]

Seigneur
Je suis très fatigué
Je suis né fatigué
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école
Seigneur je ne veux plus aller à leur école,
Faites je vous en prie que je n’y aille plus.
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancrée
Vomit dans la campagne son équipage nègre . . .
Seigneur je ne veux plus aller à leur école
Faites je vous en prie, que je n’y aille plus
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut;
Mais moi je ne veux pas
Devenir comme ils disent,
Un monsieur de la ville
Un monsieur comme il faut.
Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune
Je préfère vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés
Écouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.
Les nègres vous le savez, n’ont que trop travaillé
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici.
Et puis elle est vraiment trop triste leur école
Triste comme
Ces Messieurs de la ville
Ces Messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées
Seigneur je ne veux plus aller à leur école.

 

 


5 Comments so far
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do you have a translation of this??

Comment by Anonymous

Unfortunately, I don’t. I did look online for an English translation but couldn’t find any (and only a few websites had the full poem in French that I’ve reproduced here). Of course, you can try copy/paste at translate.google.com for a rather sloppy but minimally helpful translation.

I don’t know why Google Translate makes such basic mistakes. For e.g. it translates “Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq” as “And I have much market since the singing of the Rooster” when in fact the line means “And I have walked a lot since the singing of the rooster.” Even so, I’ve regularly used Google Translate for quick help on most of my French reading homework :-)

Comment by Rawi

I first came across this poem in 1970 during A level studies and it’s plaintive echo has stayed with me until today when I found it again. Do we know whether the child has been taken from his homeland? Time has dulled my french wits a little and I cannot discern from the text whether he is in exile.

Comment by MaryAnn

Well, you could be the first to translate it.
It’s difficult, but it’s worth it. :)

Comment by Ana

Btw.
There is an English translation here.
http://lebanoniznogood.blogspot.com/2009/10/poem-of-liberation.html

Comment by Ana




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